Archivage : Ouessant, la vaine pâture en héritage

Les missions d’archivage révèlent ou rappellent parfois la singularité d’un territoire. Au-delà de sa dimension purement réglementaire, le procès-verbal de récolement réalisé en septembre à Ouessant permet, à son échelle, de valoriser le patrimoine local. En mettant en lumière un document ou une pratique, cette démarche participe à la transmission du patrimoine culturel ainsi qu'à la préservation et à la diffusion de la mémoire collective.

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L’île en liberté : une tradition ancrée

Ouessant conserve une pratique pastorale ancienne : la vaine pâture. Chaque année, de la fin du mois de septembre au premier mercredi du mois de février, les moutons circulent librement sur l’île, à travers les parcelles privées non closes, les landes communales et les bords de route pour se nourrir durant l’hiver. Cette tradition participe depuis longtemps à l’entretien des espaces naturels et à la préservation des paysages ouverts caractéristiques d’Ouessant.

La « foire aux moutons » : les retrouvailles

Au terme de cette période en février, avant l’agnelage, les propriétaires se retrouvent lors d’une traditionnelle « foire aux moutons ». A cette « foire », ni vente, ni achat. Les animaux y sont rassemblés dans un vaste enclos avant d’être reconnus et récupérés par leurs propriétaires grâce à leurs marques distinctives aux oreilles. Une ou deux boucles aux oreilles identifient aujourd’hui le propriétaire selon la réglementation en vigueur. Outre l’identification du propriétaire, « l’étiquetage » permet d’assurer la traçabilité sanitaire du mouton en cas d’épizootie.

Des archives aux oreilles : le « codex » des propriétaires

Avant le système de boucles, les moutons étaient poinçonnés à l’oreille, parfois les deux, avec des marques de famille : un trou (toull en breton), une encoche (loarenn), une fente (drailhenn), une découpe en carré ou rectangle (kolas), et autant de combinaisons possibles. Ces marques sont déclarées à la mairie comme le confèrent les documents d’archives et le registre de la garde-champêtre. A chaque famille et son lieu d’habitation sa marque spécifique.

Un équilibre précieux entre l’homme et la nature

Cette pratique de vaine pâture est surtout l’occasion de perpétuer un savoir-faire et un mode de gestion collectif hérités des générations passées. Elle illustre le lien étroit qui unit les habitants à leur environnement et contribue encore aujourd’hui à l’équilibre entre activités humaines, patrimoine culturel et préservation de la biodiversité.

D’Ouessant vers les collectivités : une source d’inspiration

Si la vaine pâture d’origine -c’est à dire le droit d’envoyer son bétail dans un espace commun et/ou privé non clos, après les récoltes et avant les semis- est devenue marginale, limitée à quelques territoires comme Ouessant ou quelques zones de montagnes, elle est aujourd’hui convertie dans quelques communes par l’écopâturage. Les municipalités ou zones d’activités économiques passent des conventions pour installer des herbivores afin d’entretenir naturellement les bords de routes, les friches industrielles ou zones humides non constructibles, ou encore les parcs et espaces verts communaux.

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